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Le bureau de SUD Radio France

Lettre à une adhérente,
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Jean Paul QUENNESSON

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Gaelle GUEVEL
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Sébastien LOPEZ
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 SUD s'est adressé à Jean Luc HEES le nouveau Président de Radio France

le 12 mai 2009.

  • polo
  • Mardi 19/05/2009
  • 17:24
  • Version imprimable
 

Monsieur le Président, vous retrouvez Radio France, cette maison que vous avez fréquentée durant de nombreuses années et que vous avez été contraint de quitter. Vous avez donc approché de très près une conception singulière de la gestion des ressources humaines. Sachez que les méthodes employées au moment de votre départ « forcé » n’ont cessé de « prospérer » dans cette maison et qu’elles sont terriblement actuelles. Nous aurons l’occasion d'y revenir. (Lisez la suite en cliquant sur le titre).

° La loi du 5 mars 2009 relative à la communication audiovisuelle prévoit une procédure de désignation des Présidents de l’Audiovisuel Public qui ne trompe personne.
C’est bien Nicolas Sarkozy, qui a nommé le nouveau Président de Radio France, qui vous a nommé…
C’est lui qui a le pouvoir de révocation, cette épée de Damoclès que vous avez dès aujourd’hui au dessus de la tête.
Ce processus constitue de fait une régression démocratique absolue.
Pour notre part, nous jugerons votre action sur pièces, sans à priori mais avec exigence.

Alors qu’attendons-nous du nouveau Président de Radio France ?
° Les collaborateurs de notre entreprise sont extrêmement attachés à l’indépendance de leurs antennes et au maintien d’une information et de programmes de qualité, à l’abri de toutes les pressions. Inlassablement, ils le font et le feront savoir. Cette indépendance est un long combat et elle ne se résume pas pour SUD à la seule question du maintien d’un humoriste sur l’antenne de France Inter.
° La singularité des antennes de Radio France, la diversité et la qualité des contenus, constituent des atouts maîtres.
Les radios du service public doivent sans cesse rencontrer, intéresser, séduire de nouveaux auditeurs avec toujours le même souci de l’excellence.
Car jamais nous ne souscrirons au culte de l’audience à tout prix. Celui là même qui condamnerait, dans l’esprit de certains, des antennes aux contenus uniques. France Culture, un des joyaux de cette maison, doit être confortée et incitée à demeurer cette radio de l’offre et de l’intelligence.
° Vous devrez redonner confiance à l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise. C’est particulièrement vrai pour les collaborateurs de FIP dont la radio souffre d’un plan dit de « modernisation ». L’identité de cette antenne est aujourd’hui en danger. Le passage au numérique n’est bien sûr pas à remettre en cause mais il ne doit pas être réalisé au détriment de sa spécificité et de la proximité.
° Vous aurez à garantir pour France Inter et France Info la totale indépendance qui donne la crédibilité à ces antennes. De par leur influence et leur exposition elles suscitent fréquemment la colère des « puissants ».
° Concernant le Réseau France Bleu, nous n’avons toujours pas compris l’acharnement parisien à gommer et à quasiment nier l’identité régionale des radios locales. Il faut au contraire cultiver et renforcer les programmes et les informations de proximité.
La diminution du temps d’antenne consacrée à de vraies productions spécifiques locales met en effet en danger l’existence même de ces radios et la légitimité du réseau Bleu.
° Face à la richesse de l’offre musicale, on doit permettre aux formations permanentes de Radio France de s’inscrire dans un projet global au service du grand répertoire, des œuvres injustement oubliées et de la création. Il y a là une vaste réflexion à engager, des complémentarités nécessaires à mettre en place.
Dans ce domaine nous déplorons aujourd’hui la faiblesse des moyens accordés à l’action «jeune public». Il s’agit là d’une perspective de développement importante, pas d’une charge.
Il doit également être mis fin à la séparation actuelle, Direction de la Musique/France Musique. Production et diffusion sont indissociables.
° Le Mouv’ traverse actuellement une crise et Radio France ne peut pas se priver d’une offre alternative en direction du jeune public.
° Les antennes ne fonctionneraient pas sans le potentiel technique et administratif de Radio France. Chacun d’entre nous concourt à la marche de l’entreprise.
Aussi, il est important que chaque salarié puisse se sentir respecté et concerné par les enjeux. Les remises en causes unilatérales des métiers, sur la base d’outils à côté de la plaque – nous pensons notamment à la cartographie des métiers élaborée récemment- sont sources de conflit.
Les services de production qui participent à l’enrichissement du contenu des antennes (enregistrements de concerts, émissions en public ou à l’extérieur, reportages,…) naviguent à vue. L’absence de signe clair sur la stratégie bloque les investissements techniques et technologiques. Les personnels dont le savoir faire n’est plus à démontrer, pourtant conscients des évolutions nécessaires, ne peuvent y contribuer.
 Sur le terrain social il existe aujourd’hui de réels motifs d’inquiétude :
° Nous ne reviendrons pas sur laprécipitation à dissoudre l’AESPA le collège des employeurs de l’audiovisuel public. Cet emballement à démolir le socle social, construit depuis 25 ans, n’augure rien de bon. Vous devez bien vous douter que la remise en cause des dispositions sociales contenues dans les Conventions Collectives constituerait un facteur de conflit majeur ; Radio France n’a pas besoin de cela.
° Le procès en archaïsme instruit contre les organisations syndicales les salariés et les Conventions Collectives est absurde et injuste !... En effet, sur la base des textes existants, les personnels ont su accompagner et même anticiper très souvent les évolutions technologiques et stratégiques. La numérisation achevée est une étape importante, elle est le fruit de l’inventivité des personnels, de l’évolution permanente des métiers et d’une ambition collective. L’enrichissement des métiers, gage de qualité à la fois pour les salariés et les auditeurs et l’amélioration des acquis sont pour nous les objectifs clairs de la négociation qui va s’ouvrir.
° La politique salariale est un autre objectif de cette négociation. Pour les augmentations salariales annuelles,  SUD Radio France dès sa création a plaidé pour l’élaboration d’un système simple, qui soit applicable à toutes les professions de Radio France et qui ne creuse pas l’écart salarial. Il n’est plus possible que la Négociation Annuelle des Salaires débute au mois de juin.
Nous réaffirmerons également à cette occasion notre opposition à l’individualisation des salaires.
° Nous appelons de nos vœux aussi un dialogue social rénové, la fin de l’arbitraire et des injustices.
Nous serions trop longs si nous devions vous détailler ici les situations de souffrance au travail, la faiblesse, pour ne pas dire l’inexistence de la prévention des risques psychosociaux. Le respect de la dignité des salariés reste une de nos priorités.
Et nous y inscrivons la diversité au sein de Radio France. La politique actuelle est trop timide. Radio France doit sortir des « effets d’annonce » et des mesures « gadget ». Cette diversité doit également inclure, comme vous vous y êtes engagé, la diversité sociale.
° La véritable catastrophe de ces dernières années, ce sont bien les méthodes de patron voyou en matière de recours aux CDD de droit commun. Tous les métiers sont concernés par cette question. On emploie une personne, parfois des années, puis on la jette.
Tout cela s’effectue au mépris des dispositions du Code du Travail, de la Convention Collective et des jurisprudences. L’arrogance est poussée jusqu’à proposer aux organisations syndicales des projets d’accords tentant de faire du légal avec de l’illégal.
° La question des CDD d’usage constant doit également être traitée. Il n’est plus possible de fonctionner dans cette maison avec des contrats de travail dont la sécurité juridique n’est plus garantie. Radio France aux Prud’hommes c’est maintenant monnaie courante. On y voit des collaborateurs, qui ont parfois servi la maison pendant de longues années, requalifiés en CDI par les tribunaux après avoir été traités par Radio France comme des malpropres.
Rappelons que France Inter et ses collaborateurs ont massivement fait grève pour dénoncer l’éviction d’un des leurs, jeune talent révélé par cette antenne.
C’est tout le passif créé par cette gestion catastrophique qui doit maintenant être apuré. Radio France ne doit plus se permettre de voir la question de la précarité réglée par les tribunaux.
° Mais le CDI n’est plus une garantie à Radio France. Les coupeurs de têtes, les liquidateurs de talents s’en sont donnés à cœur joie ces dernières années. Tout cela doit vous parler Monsieur le Président !
Si votre arrivée suscite des espoirs c’est également dans ce domaine. Nous vous demandons la fin de ces méthodes !
° Une de nos préoccupations réside dans la conduite du chantier de réhabilitation de la maison de la radio. Le mener à son terme, sans remettre en question le grand auditorium, est un défi important pour Radio France. Pas question pour nous de tergiverser. Les risques sont trop grands.
L’Etat également ne doit pas se dérober, nous tenons au respect de ses engagements dans un contexte de sous financement chronique.
Nous ne sommes pas dupes, en effet, du tour de passe-passe comptable qui consiste à afficher des comptes excédentaires. Tout cela se fait sur le dos des salariés, en matière de salaires, de coupe dans les budgets des services, de redéploiements. Il n’y a qu’à mesurer les retards considérables dans le domaine du Multimédia, pour mieux apprécier la prétention de ceux qui s’enorgueillissent de ces résultats financiers. L’heure n’est plus aux discours ni aux rapports en tout genre. Dans ce domaine, il convient en effet que Radio France prenne toute sa place. Les personnels ne sont pas opposés à cette évolution, elle doit se poursuivre avec eux, et non contre eux. Il est également primordial que notre média de base, la radio, et notre différence sur les contenus ne soient pas sacrifiés sur l’autel de la modernité.
Radio France a besoin d’une vision stratégique ambitieuse, d’un projet fédérateur. Nous espérons que vous en serez porteur.
 
 

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